Du mardi 30 juin au dimanche 17 juillet 2009, dans le cadre d’une Mission Stendhal CULTURESFRANCE, je me suis rendu à New York, la « nouvelle Amsterdam de la vieille Europe » pour l’écriture de mon prochain roman.
C’était à la fois pour une recherche de documentation mais aussi et avant tout pour une confrontation de mon imaginaire avec la réalité.
Mon New York à moi est cinématographique : Manhattan, Mean Streets, Maranton man, Chorus Line ; littéraire : John Cheever, Chester Himes, Paul Auster, James Baldwin ; photographique : Robert Franck, Duane Michals, Richard Avedon. C’est aussi le jazz de Duke Ellington, Monk, Mingus, Roach… les toiles de Roetko, celles de Edward Hopper, c’est l’architecture, les Cast Iron, Franck Lloyd Wright, c’est Harlem Renaissance, Greenwich Village, SoHO, les voitures, le métro, la fumée s’échappant des plaques d’égout, les sirènes de voitures policières des séries…
La tête pleine de mes clichés, j’ai pris mon boîtier, pour entrevoir New York…
Moleskine in Brooklyn est une série de photographies de séquences, où il est davantage question d’onirisme que de retranscription du réel, Moleskine in Brooklyn c’est aussi des fragments de textes, de dialogues, de rencontres, de conversations entendues, d’éléments pris dans les journaux, Moleskine in Brooklyn est un carnet d’Impression des événements, de moments à New York.
Légendes
La première image que je rencontre en sortant du métro 15 Street à deux pas de Prospect Park West à Brooklyn c’est un homme obèse d'une quarantaine d'années en jogging, avec un déambulateur qui avance avec une grande difficulté. J’en comprends la raison quand je vois qu’il le manœuvre d'une main, tandis que de l'autre il lape une glace qui s'estompe à mesure de ses pas...
Deuxième image : Manhattan est comme on l'imagine, haute, dense, bigarrée : ses gratte-ciel ne vous oppressent pas, ils vous donnent de la hauteur.
Troisième image : le 4 juillet c'est l'Independence Day ! Pour ma part je suis allé fêter l'Indépendance dans un coin d'Amérique à Chicago, sur Broadway... ce qui me rappelle l’anecdote d’un copain qui m'avait dit un jour : "Je suis déjà allé en Amérique, excepté que c'était à New York !"
Quatrième image : Summer Stage à Central Park : Asa, les Nubians, Oumou Sangaré, puis restaurant à Little Sénégal, pérégrinations à Harlem. C’est ainsi que j'ai appris que New York s'appelait New Amsterdam et qu'Harlem avait gardé son nom d'Haarlem d'Amsterdam. En une après-midi j'ai découvert la mythique Afrique, et aussi la vieille Europe... dans le nouveau monde.
Cinquième image : Promenade dans Greenwich Village, le New York intellectuel est devenu un quartier résidentiel... on visite Greenwich comme on va au musée : pour son patrimoine. Par endroit on croise un artiste ou un apprenti artiste qui se fait photographier devant la maison de Poe, de Dos Passos, de Dreiser, puis plus loin, on rencontre une équipe de cinéma qui filme une pizza, dans Christopher Street...
Sixième image : SoHO, quartier des galeries chics et des Cast-Iron, de galeries en immeubles, d'immeubles galeries. Fin d'après-midi début de soirée, party dans un Penthouse de SoHO, soirée New Yorkaise dans un appartement New Yorkais dans New York...
Septième image : MoMA, de retour à SoHO, déjeuné à Tribeca, après-midi au MoMA. Ce musée est une œuvre d'art, une sculpture... Par endroit on en oublierait presque les tableaux... Particularité de ce musée : chaque pièce appartient à un mécène qui présente ses acquisitions... Le nom du financier est inscrit bien plus gros que celui de l'artiste ! Être riche en Amérique fait partie du domaine des beaux arts !
Huitième image : ABT (American Ballet Théâtre) soirée au Métropolitan Opéra House du Lincoln Center, Roméo and Juliet de Sir Kenneth MacMillan, ballet adapté d'une pièce de théâtre, elle-même adaptée du film : Shakespeare in love !
Neuvième image : j'ai pris un taxi pour Staten Island et je me suis vu débarquer à Ellis Island !
Dixième image : Patrick Le Lay, ancien chairman de TF1 : "Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit ; or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible".
Tout est payant même la qualité du divertissement, une série qui en France dure 45 minutes, fait 2h15, par exemple vous avez une série policière : vous avez l’exposition c’est-à-dire, la découverte du cadavre ou le moment ou la victime se fait assassiner, cela dure de deux à trois minutes, juste après vous avez dix minutes de pub (souvent les mêmes, pour que le spectateur rende les armes) puis toutes les dix minutes vous avez l’équivalent en pub… La qualité se mesure à l’absence de publicité de la chaîne câblée. Ensuite vous avez les Talk-shows, qui sont une forme de publicité, les artistes se transforment en homme sandwich, je viens vous vendre mon dernier spectacle, mon dernier film, ou bien ma personne si sympathique, et l’animateur en fait autant, puisque à chaque coupure, on le voit dans une pub, faisant la promotion de ses différents sponsors.
Le seul moment où il n’y pas de pub à la télé américaine, c’est pendant la pub.
Onzième image : Un jeune homme se faisant la même remarque que moi quant au nombre de chiens qu’on croise dans Manhattan « Ce qu’ils peuvent aimer les chiens ici », son copain blasé lui fait cette réponse : « C’est un moyen de se faire des amis », et comme pour illustrer le propos, la femme qu’on observe, WASP à la lourdeur mollassonne, devient l’attraction de l’avenue.
Douzième image : À Brooklyn lors d’un concert à Park Slope, un groupe de françaises « Même leurs yaourts sont riches, quand ils sont light ».
Treizième image : Tomber malade coûte cher aux États-Unis, tout le monde fait du sport pour préserver son capital financier.
Quatorzième image : Pasteur Sékou Osagyefo « Un homme noir à la maison blanche, un million dans les prisons ».
Quinzième image : Désert de Edgard Varèse
Seizième image : The Promise of Living de Aaron Copland
Dix-septième image : Money Jungle de Duke Ellington
Dix-huitième image : Mood indigo de Little Jimmy Scott
Dix-neuvième image : Anthologie de C K Williams
Vingtième image : Harlem de Eddy L Harris
Vingt et unième image : Met Carl Dix discussing the upcoming July 14, 2009 Revolution Books event "The Ascendancy of Obama and the Continued Need for Resistance and Liberation: a Dialogue between Cornel West and Carl Dix". The event is at Harlem Stage at Aaron Davis Hall.
Vingt deuxième image : Mon loueur Irlandais était noir, j’avais oublié cette réalité, en Amérique on n’a pas le nom de ses origines.
Vingt troisième image : L’église est un régulateur social en Amérique.
Vingt quatrième image : Lors d’un débat : « La guerre est devenue un secteur économique ».
Vingt cinquième image : Professeur Frédéric Viguier : « La cause des pauvres a supplanté, la cause des ouvriers ».
Vingt sixième image : Questionnaire que j’ai soumis aux universitaires de NYC et de Columbia :
Tout d’abord quelle est la place du politique dans la société américaine ? En me promenant dans la rue, j'ai été frappé par le nombre de travailleurs pauvres que j’ai pu rencontrer. Il me semble qu'il s'agit de personnes qui travaillent et gagnent leur vie en tant que commerciaux (ou autres) touchant une commission, tout comme les serveurs dans les restaurants à qui on doit laisser vingt pour cent du montant de l'addition. N'aurait-il pas été plus simple de légiférer, et d'imposer aux employeurs, comme en France, une rémunération fixe minimum obligatoire ? Je me doute que cette question doit vous être souvent posée. J'ai également cru comprendre, en discutant autour de moi, que nombre de personnes occupent deux emplois. Pourquoi les salariés qui représentent une force démocratique ne bénéficient-ils pas de d'avantage de protection sociale ?
Ma deuxième question est une remarque soulevée par le président Obama en Égypte à propos de la loi en France qui interdit le port de signes religieux ostentatoires (ce qu’on nomme la loi du voile et qui pourrait être renforcée à propos de la Burqua). Obama trouvait que cette loi était liberticide, ma question est donc : le communautarisme anglo-saxon est plus « laïc » disons, est-ce qu’on intègre mieux les immigrants en leur permettant de garder leurs spécificités ?
Et, dans le prolongement de cette deuxième question, comment fonctionnent les communautarismes, de facto est-on un préfixe avant d’être un américain, noir, blanc, femme, homme, gay, jeune, vieux, républicain, démocrate, végétarien (je pousse la caricature), ma remarque : qu’elle est la spécificité de la communauté ? que fait-elle que ne réussit pas le vivre ensemble de la société civile ?
Ma troisième question porte sur le monde extérieur. Souvent on perçoit les États-Unis comme un pays économiquement ouvert vers l’extérieur et culturellement autarcique. Quelle perception ont les États-Unis de l’Europe : France, Angleterre, et de l’Afrique, plus spécifiquement du Libéria.
Enfin, ma quatrième et dernière question, est une question qui nous taraude à Paris : quelle est la place des intellectuels dans l'Amérique de l'avant et après 11 septembre ?
Vingt septième image : La ballade de Joan Harris de John Cheever.
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